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Des vœux pas nerveux

Publié le par Lionel Droitecour

Une stèle qui ne manque pas de style pour une année qui prend seize aises...

Une stèle qui ne manque pas de style pour une année qui prend seize aises...

« Dieu que ce que j'ois est triste », s'amusait Raymond Devos dans l’un de ses sketches demeuré fameux. Lorsque, sans thé, la santé est en berne en sa giberne (même si j’hiberne pas), la cérémonie des vœux, mon neveu, on en veut qu’à moitié... (surtout si la moitié moite y est)

Pour ce qui me concerne, et bien que je ne sois pas cerné, je vous souhaite tout ce qui pourrait vous faire plaisir, mais en mieux, voire en meilleur. Au delà des superlatifs, car comme le disait mon coiffeur en contemplant le haut de mon crâne, la dessus, perd les tifs. Hâtif au souper, en quelque sorte.

Pour ma part je me contenterai d’espérer ne pas finir, en 2016, comme le Louis du même quantième : « ce que l’ouïe de Louis a oui, l’oie l’oit-elle ? » Telle est ma loi.

Droitecour, sans « t » à la fin a faim de santé.

Ce sera déjà pas si mal si cette année ne devient une ânée, et si là-bas, au bout de l’an, le bât qui ne m’abat s’abatte sans me laisser à bas, sans baba au terme du combat. Bah ce débat-là n’est point un déballage, et l’âge, tout à la fois une barge et un bagage. Tant qu’on ne reste barge à la marge, qu’elle saille, mer. Où l’on retrouve l’ouïe d’Aloyse.

Et je vous offre, sans dorure, ce poème, comme jadis un Louis d’or au moment des étrennes, puisque lui ne dort pas.

Au chevet de l’absence

J’ai éteint le dernier lampion des jours passés
Dans les lueurs froidies du petit matin blême.
C’est ainsi de nos fêtes bientôt désertées,
Dans le joug retrouvé de notre solitude.

Hier rejoint sans heurt les sentes d’hébétude,
Nos aubades s’en vont, toutes déconcertées,
Dans un reflux maussade, aux rives du poème,
Pareil aux songes gris de nos remords lassés.

Demain, en cet emport, n’est qu’une aurore nue,
Une fresque anonyme aux frontons de nos guets,
La vigie sans espoir d’une terre abhorrée
Vers l’horizon perdu d’une impossible joie.

Cherche, vain histrion le radoub de ta voie,
Complait ton agonie en cette logorrhée,
Aux abords de ton doute il subsiste des gués,
Traverses, hors du sens, intactes sous la nue.

Là dans la frise vague en la prochaine rime,
Git l’atone bonheur de ton désir sans but,
Il est de cette espèce où sont les rêveries,
Fantasmes sans apprêts de l’inconscient pluriel.

Qu’importe la voilure à frémir sous le ciel,
Qu’importe le dédain des fières égéries,
Tu vis dans le débord de cet humble rebut :
Pareil aux éphémères, danse sur l’abime !

Le destin n’est qu’un lieu pour la forfanterie,
La vanité bruyante aux stupides idoles,
De la creuse folie demeure circonspect,
Ecarte toi de ce qui peuple le néant.

Nous ne sommes après tout que cet esprit béant
Qui s’invite, hâbleur, dépourvu de respect,
Aux fontaines du dire en folles paraboles,
De son insignifiance outrant la braderie.

Il ne reste de digne, ici que le silence,
La réserve du simple au taillis du hasard,
Et dans l’ombre sereine ou passent nos émois,
La douceur de l’instant pour broder cette fleur.

Il nous faut transcender notre intime douleur,
La flèche inaboutie évadée du carquois
Vole vers l’infini sans chercher le regard
Et sa cible est un môle au chevet de l’absence.

Lionel D, 1er janvier 2016

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Avisferrum 04/01/2016 11:46

Magnifique poème, cher ami !
T'ayant déjà présenté mes vœux - à défaut de te présenter mes vieux - je ne réitèrerai pas l'exercice même si un dicton alsacien dit en substance "Couture double est plus solide" !
Ce joli texte m'a rappelé une chanson de Daniel Seff, "Planchers Fragiles" écoutable ici :
https://www.youtube.com/watch?v=CY8t9tHeq44
Dans la vidéo figure un joli texte qui n'est pas dans la chanson :
"Aux anges impertinents, insoumis et rebelles à l'ordre sombre de cette terre,
Aux anges qui nous délivrent de la pénitence de devoir toujours désespérer de nous,
Quand de quelques mots, de quelques musiques, d'une émotion jaillissante, ils nous emportent vers les lumières de leur ciel.
Merci aux Anges de cette terre."
Joli, non ? :-)

Bibifricotin 03/01/2016 17:10

Terrrrrible mais néanmois sublime poême, cher Lionel !
Je rétorquerai cependant qu'à tout prendre, mieux vaudra une "Aurore nue" (d'autant plus si celle-ci est jolie...) qu'une "aube sale".
Que cette année qui se lève, "soie" donc douce et porteuse de grâce pour toi et toutes celles et ceux qui te sont proches.

Lionel Droitecour 03/01/2016 17:27

C'est marrant parce que moi je voyais plutôt "joie", d'où la référence à Devos. Mais bon, que la soie soit, chacun pour soi et honni soit qui mal y panse...

Christian 03/01/2016 16:52

Si le reflet de 20I6 est de soie alors je souhaite qu'elle te soit aussi douce que possible

Bibifricotin 03/01/2016 18:40

Et je dirai même plus : chacun pour soie.. et joie pour tous (et toutes) !