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Que la poésie ne meure

Publié le par Lionel Droitecour

Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris

Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris

J'ai reçu, naguère, à l'improviste, d'un ami de passage sur mes vieilles lettres, le message suivant :

Salut Lionel,

Je te remercie pour cette réponse et pour cette maîtrise des mots trop souvent oubliés.

Je ne me suis jamais vraiment intéressé à la poésie, mais le fait de flâner une petite heure sur tes lettres si joliment pensées, m'a libéré du poids accumulé tout au long de ma journée.

En espérant te revoir, au détour de notre lutte commune, et ainsi me permettre, d'échanger mes futures lettres, contre notre histoire si bien racontée.

Je suis loin d'avoir tes talents de poète, mais çà m'a fait du bien !

À bientôt.

Mieux que le prozac,
en mon cloaque, que les amphétamines et l’aspirine, voilà qui me requinque en moins de cinq.

Mais pourquoi donc la poésie est elle disparue de nos horizons médiatiques et merdiques pour se réfugier en un printemps des poètes-pouet-pouet dont tout le monde se contrefout ?

Parce ce que c’est sa place, à tout le moins du point vue de ceux qui mènent la danse, entre les petites fleurs et la porcelaine, au rayon des tisanes et des cuillères à thé, entre la poire et le fromage des faux mages.

Y faudrait surtout pas que ce diamant de langage pousse la plèbe à réfléchir. Pour cela on a monsieur Goldman (le bien nommé) et ses enfoirés devenus, au fil du temps, les enfants de chœurs bien pensants de la messe néolibérale et antisociale.

Quand je pense que Victor Hugo,

homme d’action (au singulier) et de convictions (au pluriel), se fit expulser de Belgique après un soir d’émeute devant la maison qu’il occupait, à Bruxelles, pour avoir publiquement déclaré qu’il l’ouvrirait aux communards en fuite, pourchassés par les sbires d’Adolphe Thiers, massacreur de la commune de Paris...

Hugo, qui fut de son temps de tous les combats qui font honneur à l’homme, enseveli désormais sous les académismes, mais qu’on oublie trop souvent de citer :

... Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
...
Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme ! ...

vers extraits de « Mélancholia »,
parus dans « Les contemplations », recueil publié en 1856

Alors mon ami, si, à la modeste place qui est la mienne, j’ai pu te délasser de ta journée de labeur et contribuer un tant soit peu à faire enfler en toi le levain de la lutte,

Merci à toi !

Et que la poésie demeure...

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