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L'ardoise Magique

Publié le par Lionel Droitecour

Georges Perros, 23 août 1923-24 janvier 1978

Georges Perros, 23 août 1923-24 janvier 1978

Guère convaincu, naguère, de l’opportunité de la démarche, l’ami à qui je contais qu’une autre de nos relations communes, mais non immune, m’avait adressé par la poste un opuscule majuscule.

« L’ardoise magique » est un court journal de bord tenu, non pas virtuellement, mais sans doute la plume à la main, par un confrère en maladie, sinon en poésie - j’aimerai bien... De cet écrivain du nom de Georges Perros, je dois avouer que j’ignorais à peu près tout jusqu’à ce que l’ami qu’à elle, ( ma bonne fortune )*, fut suffisamment bien inspiré pour me le donner à lire.

Perros mourut prématurément du cancer, à 54 ans. Laryngectomisé, il demeura sans voix. Les trente centimètres, maître, d’intestins intestats qui manquent en ma banque intime ont aussi causés un trou dans mon corps, une « caverne » pour reprendre le terme de Georges Perros.

Mais j’ai encore, au moins, l’usage de la parole.

Dont j’use ici bas par écrit, quoique je m’écrie dans mon silence intime. Car pour n’être sans mot ni sans voix il est une lisière que le verbe ne saurait franchir. Ainsi ce livre accablant, puisqu’il s’agit du témoignage d’un homme qui meurt, et qui le sait, ne m’accable pas. Certes, incontournable, la mort est au bout de la phrase dernière d’un livre fatalement inachevé. Et il s’agit d’un alexandrin, sans drain.

« Quand notre cœur a fait une fois sa vendange... »

Bien sûr, à chercher d’où il vient, on se retrouve face à l’énigmatique figure de Baudelaire, tel qu’il fut portraituré par Nadar

L'ardoise Magique

Semper eadem

« D’où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange,
Montant comme la mer sur le roc noir et nu ? »
– Quand notre cœur a fait une fois sa vendange,
Vivre est un mal. C’est un secret de tous connu,

Une douleur très simple et non mystérieuse,
Et, comme votre joie, éclatante pour tous.
Cessez donc de chercher, ô belle curieuse !
Et, bien que votre voix soit douce, taisez-vous !

Taisez-vous, ignorante ! âme toujours ravie !
Bouche au rire enfantin ! Plus encor que la Vie,
La Mort nous tient souvent par des liens subtils.

Laissez, laissez mon cœur s’enivrer d’un mensonge,
Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe,
Et sommeiller longtemps à l’ombre de vos cils !

Oserais-je prétendre me reconnaître en lui ? Cela serait bien outrecuidant de ma part. Je me bornerai au constat de la grande proximité que je ressens avec cet homme pudique et discret, sans rien revendiquer de plus. Je préfère lui rendre la parole, puisqu’il nous l’a laissé en héritage :

« Les premiers hommes ne savaient pas qu'ils allaient mourir. Nous aurions plutôt tendance à ne le savoir que trop. La poésie, pour moi, c’est le temps durant lequel un homme oublie qu’il va mourir... »

Georges Perros, papier collés III

Et, dans l’ardoise magique :

« On ne guérit pas, on retarde... »

* « private joke » comme on dit en bon franglais. L’intéressé se reconnaitra, et peu être quelques-uns le reconnaitront aussi...

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Bibifricotin 08/03/2015 10:39

Oh que oui mon Ami ! Si l'on guérissait de la vie effectivement ça finirait par se savoir...
Et comme disait justement l'ami Georges :
"Il est cent façons de mourir.
Pour vivre on est beaucoup plus sage.
Il s'agit de savoir moisir
Entre l'espoir et le fromage".
Alors vive les fous, vive la poire, et...la dure lutte !!!