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Veillée d’arme

Publié le par Lionel Droitecour

Veillée d’arme

Dans le bon vieux cinéma de papa,

rayon film de guerre, avant le début du combat, il y a toujours une scène touchante. Genre le jeune gars boutonneux qui tend au dur à cuire de héros la photo de sa p’tite amie, en lui disant un truc comme «  on va se marier au printemps prochain » ou «  quand je reviendrai, j’aurai un fils » ou toute autre niaiserie du même acabit.

Et bien vous pouvez être à peut près sûr qu’au plan suivant, il va se pendre une bastos et expirer dans l’étreinte virile du dur à cuir. Lequel, immanquablement lui sort la même tirade, de film en en film : « t’en fait pas, Joe, tu vas t’en tirer... » Mais Joe ne s’en tire jamais, puisqu’il s’est fait tirer dessus.

Tout le problème, c’est de bien choisir son rôle.

Il vaut mieux jouer le dur à cuire plutôt que le jeune gars boutonneux. Mais l’ennui, dans la vie réelle, c’est que l’on ne connait pas le responsable du casting, non plus qu’on ait la moindre idée du scénario. Pour la mise en scène, on doit, le plus souvent se débrouiller tout seul.

Avec ou sans sel, en selle, camarade.

Me voici donc rendu à la veille des hostilités. Si le synopsis m’est vaguement connu, dans ses grandes lignes, les premiers rôles sont pour d’autres. À moi la figuration. Même pas : je ferai partie du décor, théâtre d’une opération où la seule tâche qui me sera assignée c’est de rester là, dans l’immobile inconscience d’une sédation contrôlée. Objet de soins mais objet, non pas sujet.

Il me reste comme à Cyrano, à la fin du dernier acte, le dérisoire panache du verbe.

 

En attendant la fin de l’acte

Ainsi, face au péril, je veille sans trembler,
J’entend grincer au loin le charroi de la mort,
Que mène un phaéton pareil aux noirs fantômes.

À la bouche je n’ai ni prières ni psaumes,
Impassible en l’imposte où je guette le sort,
Sentinelle je suis, seule sur mon remblai.

Là, de marbre et d’albâtre et de roc, rassemblé,
Je défie le néant sans l’ombre d’un remord
Mon feutre et mon épée dans le creux mes paumes.

Lionel, 28 juin 2014

 

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Jérôme 29/06/2014 21:31

Tonton, je t'ai laissé sortir de ma vie, il est hors de question que je te laisse sortir de la vie. De toute façon elle ne sait pas encore à qui elle s'est attaquée la pauvre. Elle a fait une grossière erreur. Je serai à tes côtés dans ce combat mon tonton. Désolé pour le retard, je m'étais égaré.

Jérôme 29/06/2014 22:05

Rendez-vous pris mon tonton.
Met fin à tes maux, renvoie cet incongru invité que mes faims de tes mots soient rassasiés par nos futures conversations et partage de mets fins.

Lionel Droitecour 29/06/2014 21:52

Que l'on se gare ou l'on s'égare, gare à lasser là en ces gares...
Bienvenue à bord, mon cher neveu : un vieux mot tard vaux mieux que jamais de motard. Sinon la moutarde monte au nez !
Rendez-vous à dans quelques jours pour reprendre le fil de nos conversation d'hier... et de demain, non mais !

Ironbird 29/06/2014 17:50

Allez... au risque de paraître trop flatteur - et surtout de me répéter, je le dis une fois de plus : quelle classe dans ces articles, quel panache !
Non, ce verbe-là n'est pas dérisoire, bien au contraire il transcende la souffrance et notre condition humaine pour affirmer avec force la victoire de l'esprit sur la matière si dense et limitée !
Du coup je me sens de taille pour endosser le rôle du jeune boutonneux, celui qui se prend la première bordée (normal, avec une tête qui dépasse !) et te laisse celui du vieux dur à cuire, qui va me tendre avec émotion une bouteille de mauvais whisky - j'eusse préféré un Picon, mais dans le film ça ferait moins spectaculaire car je ne m'étoufferais pas avec...
Au moment de me serrer dans tes bras puissants n'y vas pas trop fort, j'ai de petits problèmes de cervicales et voudrait quand même arriver dans l'au-delà en pleine possession de mes moyens ! :-)
Et au moment de rendre mon dernier souffle devant les caméras embuées par les yeux humides des techniciens, je te soufflerai :
"Tu vois, vieux frère, je te l'avais bien dit... Tu n'as jamais été un figurant, ni même un héros... Tu est l'écran blanc sur lequel tout ceci est projeté..."
Et bien sûr personne dans la salle n'aura rien compris, tu t'étonnes après qu'on ne m'a jamais proposé de rôle...
Bon courage mon ami, le film n'est pas terminé et on compte sur toi pour le rendre plus beau !

Ironbird 29/06/2014 22:51

Merci cher Lionel, ainsi je pourrai continuer à exprimer ce que je ressens en toute sincérité et la conscience tranquille ! :-)
Passe une très bonne nuit chez toi, sereine et profonde comme un ciel étoilé... Au fond, si nous pouvions nous rendre suffisamment petits, nos corps seraient comme ce ciel, emplis d'étoiles, de soleils et de planètes gravitants dans un espace semblant infini...
" Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable: Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été et sont venues d’un, par la médiation d’un, ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation"
Hermès Trismégiste / La Table d’Émeraude

Lionel Droitecour 29/06/2014 18:16

Ah, Claude, tu es un ami précieux comme le diamant. Certes, peut-être un peut flatteur, mais, venant de toi, j'en accepte l'aune.
Merci.
Infiniment

Françoise Sonnefraud 29/06/2014 14:47

Camarade depuis peu et de toujours, c'est me taire que je sais faire le mieux...
Comme elles sont belles les étoiles, belles et étranges à la fois.
Le vertige nous prend, et si nous étions aimés ???
Se laisser faire, c'est le plus dur.

Lionel Droitecour 30/06/2014 22:02

J'ai peur que tu ne subisses une mauvaise influence : la mienne. Va et ne te dépêche plus...

Ironbird 30/06/2014 21:57

Sbire, y es-tu alité ?
Oui, oui, pas terrible, je sais, mais pour une première tentative je n'ai pas pu trouver mieux ! Mea culpa... ou le méat ne coule pas ! ouarf !
My gode......j'aggrave mon cas, là ........

Lionel Droitecour 30/06/2014 06:08

Il y a quatre heures de cela, las de veiller, la sentinelle avait fini par mettre sa viande dans le torchon. Mais je ne varie pas : l'essentiel est qu'elle ne devienne pas avariée !
Je compte bien continuer, dans un proche avenir à venir à collecter quelques grains de sable, ce pour le simple plaisir de les voir filer dans le sablier.
Laisse-moi, cependant, mon ami, t'exprimer ma surprise ; je ne te savais pas ce penchant pour la spiritualité. A moins que tu n'aspire, rite alité, qu'à la spire ritale. Ite missa est !

Bibifricotin 30/06/2014 01:53

Cher ami,
Je ne sais si à cette heure incertaine le guerrier veille encore, l'arme au côté et le godet métallique au poing (empli d'un improbable "tord-boyaux"...) ou bien si, après avoir éteint le feu d'un coup de botte rageur (ou mieux, d'un jet d'urine expert !), il aura pris l'option "Marchand de sable" afin de sauvegarder quelques forces en vue de la bataille ?...
Sachez quoi qu'il en soit, que vous n'irez pas seul, que votre armée est là, et que dans ce combat, vous pourrez bien compter sur vos petits soldats; tout boutonneux ou pas !
Et puisqu'il est question, de sable et de poussières...
de pieds et de trépas (de pas et de trépieds)...
de vers et de dévers (de dévers et de vers)...
d'astres et désastres (de désastres et puis d'astres)...
permettez-moi de glisser avant l'assaut, dans votre affût de canon, cette dernière munition (de la copine Jeanne Benameur) :

"Ils disent aussi que nous sommes uniques. Chacun. Chacune. Mortels. Précieux. Uniques. Nous ferons notre histoire. Un à un. Et même si c'est une poignée de sable jetée au-dessus de nos têtes c'est nous qui collectons chaque grain. C'est notre main qui empoigne ce que de la vie il reste pour la jeter bien haut.
Et qu'étoiles et poussières se mêlent sur notre tête. Nous sommes vivants.
Et nous continuerons."

Kenavo, à demain Camarade !

Lionel Droitecour 29/06/2014 18:55

En ma qualité de technicien Orange, il n'est pas question pour moi de me l'SFR ! Quand au vertige et aux étoiles voir ici :
http://lesvieilleslettres.over-blog.com/2014/06/mon-ame.html
Merci pour ce message de soutien !